De givre et de temps —un texte de Sébastien Hudon

Texte pour l’exposition Contretypes de Caroline Gagné et François Lamontage.

 

L’actualité de la photographie et de la vidéo expérimentale s’affirme une fois de plus, et avec vigueur, dans un projet qui porte une réflexion inédite sur les qualités de la photographie argentique et de la « pixographie » (ou image numérique), sur leur capacité à consigner le réel. Inscrite dans le prolongement des recherches expérimentales que la photographie argentique avait autrefois codifiées à travers la pratique du photogramme, l’exposition de Caroline Gagné et de François Lamontagne célèbre l’évanouissement secret de cet état de matière qu’est la glace dans ses aspects les plus imperceptibles et éphémères.

Une suite de six images, d’abord, où paraissent des formes circulaires et dentelées sur fond noir. Celles-ci sont le résultat de numérisations et d’agrandissements de photogrammes argentiques préalablement réalisés à partir d’objets translucides. Puis, trois autres œuvres ayant subi le même processus de manipulation et où l’on sent la formation de bulles, de nodules et de réseaux de motifs givrés qui évoquent inévitablement le chaos d’un microcosme primordial.

Enfin, une vidéo toute simple d’une ampoule emplie d’eau, qui, en gelant, fait se fissurer, puis éclater le verre qui la contient. Cette œuvre, présentée en version négative, simule l’effet d’un photogramme tout en s’étalant dans une durée assez longue. Lente consignation du réel qui rend pour l’observateur toute tentative de détermination de l’infinité de micro-événements ardue, voire impossible. Dans toute la boucle, répétée, de l’œuvre, l’impression créée est paradoxale : nous savons que l’état du verre change, que celui-ci se brise, mais nous n’en pouvons comprendre que le résultat final, de manière holistique.

Publié le 2 juillet 2015
Par VU

Biographie

Directeur artistique à La Bande Vidéo, Sébastien Hudon est aussi auteur et commissaire indépendant. Il a travaillé dans diverses institutions muséales, dont le Musée national des beaux-arts du Québec et le Musée des beaux-arts de Montréal, occupant des fonctions relatives à l’acquisition et à la documentation d’œuvres photographiques. À titre de commissaire, Sébastien Hudon a présenté deux expositions à la Maison Hamel-Bruneau, à Québec : Concerto en bleu majeur et Photographes rebelles à l’époque de la Grande Noirceur (1937-1961). Il termine une maîtrise en histoire de l’art à l’Université Laval où il a obtenu un diplôme d’études supérieures spécialisées en muséologie en 2011.