Entre trace et aura

Texte pour l’exposition Entre trace et aura de Martin Guimont, Alphiya Joncas et Audrée Demers-Roberge.

Ce surgissement de l’appareil photographique apparaît comme une pulsion, lorsqu’un lieu et un moment, unique entrelacs, émergent dans le cours du vécu perçu. Notamment, lors de cette expérience auratique de la nature, quand le regard se pose sur elle et qu’elle lève les yeux en retour, semblant réclamer de laisser une trace. La nature semble nous étreindre, par sa perceptibilité ; l’horizon lointain aux lignes sinueuses ou bien l’ombre d’une branche dont l’aura, cercle de vapeur, s’avère encline à se laisser aspirer.

Inapprochable, l’entrelacs d’espace et de temps qu’est l’aura benjaminienne se dérobe sans cesse à l’entendement par la richesse de son ambiguïté et par la pluralité de ses définitions. Walter Benjamin a prédit la défection de l’aura, comme si à chaque prise de vue, elle devenait imperceptible dans l’image mécanisée qui tente de la reproduire. Comment garder la trace de l’aura si la reproduction photographique n’en retient à peine qu’une lointaine émanation lumineuse ?

La reproductibilité technique offre le potentiel d’exposer les images, et d’en faire apparaître la proximité, entre elles; entre nous et elles également. Compte tenu de la manière dont les artistes rassemblent les traces de différentes occurrences de la perception auratique – aussi fragmentaires et éloignées soient-elles –, serait-ce dans leur intention que l’aura réapparaît ? L’aura peut alors redevenir perceptible, non pas à la surface des images, mais en émanant de leur rencontre, dans l’espace de jeu qui leur permet d’être ensemble. Ralliées, les photographies, libres de se croiser, de se répéter, de s’interpeller, se prêtent au jeu des artistes, un jeu entre trace et aura.


Suite à des études collégiales en photographie et un baccalauréat en histoire de l’art, Gentiane La France a poursuivi des réflexions autour de la photographie dans le cadre d’une maîtrise en études des arts à l’UQAM. Elle enseigne l’histoire de l’art et de la photographie au collégial. En tant que commissaire, elle a été invitée à présenter des artistes québécois lors de deux expositions en Allemagne, en 2009 et en 2015. Habitant la ville de Québec, elle co-anime l’émission de radio L’Aérospatial à CKRL 89,1 consacrée aux arts visuels. Elle a également écrit pour le blogue de VU et pour le magazine Ciel variable.

Martin Guimont est diplômé de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQÀM. Son travail fut entre autres présenté lors d’expositions collectives à Arts Underground (Whitehorse, Yukon, 2010), La Graineterie (Houilles, France, 2011) et à Espace Projet (Montréal, 2014), puis lors d’expositions individuelles à la galerie La Vitrine du centre Est-Nord-Est (Saint-Jean-Port-Joli, 2010) et au Yukon Arts Centre (Whitehorse, Yukon, 2011). Il a également participé à des résidences d’artistes, notamment au centre Est-Nord-Est (2010) ainsi qu’à Arts Underground (Whitehorse, 2010). Il a publié un premier livre d’artiste intitulé Obstacles en 2012, puis en publiera un second en 2017. Son travail a reçu le soutien du Conseil des arts et lettres du Québec dans le cadre d’une bourse de recherche et création en 2013.

Née en Russie, adoptée aux Îles-de-la-Madeleine, Alphiya Joncas complète son baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’Université Laval. En mai 2016, elle réalise avec d’autres collègues une première expérience d’autodiffusion lors de l’exposition La fois où on voulait se couper les cheveux. L’artiste a également agi en tant que co-commissaire de l’exposition Persona Grata en 2016. Elle a présenté ses œuvres dans l’exposition collective Elles pensaient comme ça alors que moi pas. en 2017 à la Salle d’exposition du Pavillon Alphonse-Desjardins de l’Université Laval, un évènement satellite de Manif d’art 8, la biennale de Québec. Alphiya Joncas est impliquée auprès du centre d’artistes AdMare.

Audrée Demers-Roberge a obtenu un baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’Université Laval avec une année d’études à l’Université de Laponie en Finlande. Elle est présentement à la maîtrise en arts visuels et a complété un microprogramme en agriculture biologique en 2015. L’artiste a présenté Morceler le paysage, une exposition solo au Cercle à Québec (2016). Son travail a également fait l’objet de plusieurs expositions collectives dont la Foire en art actuel de Québec (2014), De passage à la salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins (2015) et Repérage au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul (2012). L’artiste travaille à la publication d’un livre avec l’artiste Amélie Laurence Fortin. Elle a fait des résidences d’artistes à Prima Ink en Norvège, au centre Est-Nord-Est à Saint-Jean-Port-Joli, au Art nature/Land-art Hudson à Hudson, au Casey House à Terre-Neuve et au Robert Street Social Center à Halifax.

MartinGUIMONT

Photo : Martin Guimont

AlphiyaJONCAS

Photo : Alphiya Joncas

AudréeDEMERSROBERGE

Photo : Audrée Demers-Roberge


Publié le 5 mai 2017
Par Gentiane La France