La proximité des corps —un texte de Julie-Ann Latulippe

Texte pour l’exposition the force of what lives us outliving the mountain de Steven Beckly.

 

Des postures corporelles identiques, un regard de biais, l’inconfort d’un contact physique : les photographies collectionnées par Steven Beckly sont toutes animées par un détail qui intrigue. La proximité des corps, toujours ambiguë, suscite un questionnement sur la nature de la relation entre les personnes photographiées. En manipulant ces objets et en intervenant sur leur matérialité, Beckly installe dans ses œuvres une tension entre dissociation et association.

Juxtaposées dans un même cadre sur la base de ressemblances formelles, des photographies anonymes prennent une signification qu’elles n’ont pas individuellement. Avec ces assemblages, alors même que les images proviennent d’époques et de contextes différents, Beckly fait apparaître la complexité de la notion d’intimité qui traverse sa collection. Cette exploration de la représentation de l’intimité s’incarne dans un motif en particulier lorsque l’artiste découpe les contours de bras enlacés et les replie sur le verso du papier photographique. Isolées sur un fond blanc, ces étreintes créent des trous, des motifs qui se dédoublent dans l’espace.

Le travail plastique devient plus conceptuel avec la série de bordures de papier blanc découpées, évidées de leurs images et fixées sur un fond noir. En exacerbant la décontextualisation des photographies, ces cadres laissés béants encouragent la projection par le spectateur de ses propres images mentales. Un processus semblable est à l’œuvre dans les retranscriptions des textes se trouvant à l’endos des photographies. Ces inscriptions, ainsi dissociées de toute image, mettent en évidence la perte de signification que subissent les photographies séparées de leur contexte. C’est au spectateur qu’il revient désormais d’élucider ces énigmes, de reconstruire les récits dont les images et les textes gardent la trace.

Publié le 21 mai 2015
Par VU

Biographie 

Julie-Ann Latulippe est historienne de l’art et candidate au doctorat à l’Université du Québec à Montréal. Ses recherches portent sur l’entrée de snapshots anonymes dans des collections privées et muséales, ainsi que dans les pratiques artistiques contemporaines. Elle a contribué à plusieurs catalogues d’exposition, notamment pour le Musée des beaux-arts du Canada, le Musée d’art contemporain de Montréal et Le Mois de la photo à Montréal.