Pierre Bourgault : sonorités d’un titre évanoui —un texte d’Anne-Marie Proulx

Texte pour l’exposition Tremblement du temps : 83 40 N 30 41 O / 47 12 N 70 16 O de Pierre Bourgault.

 

À un moment, Pierre Bourgault a pensé changer le titre de son exposition pour tempstempstempstremblements. Pour qu’on puisse entendre les mots, en plus de les lire, pour que le temps résonne dans l’espace — entendez-vous ?

C’est vrai, le temps, a priori, n’émet pas de son. Mais le son voyage, un certain temps, avant de s’estomper et de devenir silence. Peut-on, alors, écouter ces silences et y ressentir les tremblements du temps ?

TEMPSTEMPSTEMPS Comme des coups qui résonneraient au loin. Comme ceux que l’on porte au territoire pour aller chercher ce qui se trouve sous son épiderme. Une tige de métal pénètre le sol, force son chemin. Le roc casse.

TEEMMPSTEEMMPSTEEMMPS Le son se propage bien sous l’eau ; les coups font écho jusqu’à l’ouïe sensible des bélugas. C’est autrement qu’ils se rendent jusqu’à nous. On en trouve des carcasses blanches sur les côtes, une à une, et personne ne sait trop pourquoi. C’est peut-être à cause du tremblement du temps.

TEEEMMMPSTEEEMMMPSTEEEMMMPS Comme les vagues qui s’échouent une à une sur la côte nord du Saint-Laurent, frappant durement les rochers et les falaises, traçant sur eux des cicatrices. Et repartent des grains de sable tout gris, comme des sels d’argent qui voyagent dans les courants, pour aller se poser sur la côte vaseuse du bas du fleuve. Pour recouvrir nos paysages, nos souvenirs, nos images.

Le son voyage comme les vagues mais ne vient pas toucher la terre. Tout semble calme, dans l’horizon de terre, d’eau et de temps. La mer scintille, et on continue de penser que c’est le vent qui l’agite, au lieu d’y voir les réverbérations du temps qui tremble.

Publié le 23 novembre 2014
Par VU