VU lançait ce printemps son second appel de maquettes avec, entre autres, l’objectif d’offrir deux bourses d’accompagnement pour la réalisation de projets de livres photographiques.

C’est Jean-François Hamelin reçoit la bourse de soutien au développement pour son projet Hutton ou la fin des terres, et Mélissa Pilon reçoit la bourse de parrainage pour son projet Foules.

(détails plus bas)

 

Biographies des artistes

Jean-François Hamelin vit et travaille à Montréal. Suite à une formation en architecture à l’Université de Montréal pour laquelle il reçoit une bourse de l’Institut royal d’architecture du Canada, il entreprend des études en photographie à l’Université Concordia, lors desquelles il y obtient une bourse d’excellence académique. En puisant dans l’histoire parfois détaillée, parfois fragmentaire des régions (lieux), il observe de quelles manières l’humain et l’environnement s’influencent mutuellement. Le voyage fait partie intégrante de sa démarche et provoque inévitablement des rencontres qui altèrent sa perception des lieux, de l’environnement et des gens qui l’habitent. Ces éléments alimentent sa réflexion et contribuent à élargir sa compréhension du paysage. En plus de participer à la première Mission photographique québécoise, entreprise ayant pour objectif de documenter et d’interpréter le paysage contemporain, il est récipiendaire de deux prix Magenta (2013 et 2017). Outre le Canada, son travail a été présenté dans plusieurs pays, notamment en Italie, au Musée d’Art Contemporain de Rome (2013), en Croatie à la galerie Karas (2012) et en Irlande (2012). Plus récemment, son travail a été exposé au Centre Vaste et Vague (2016), à la Maison de la culture Marie- Uguay (2017) ainsi que la galerie Lilian Rodriguez (2018). Il travaille actuellement à l’élaboration d’un projet confrontant la compréhension, l’interprétation et la relation à la nature de différentes nations autochtones et de celle de l’homme blanc en utilisant comme point de départ la mystérieuse et médiatisée disparition d’un activiste et ingénieur forestier sur la côte ouest américaine.

 

Mélissa Pilon (1987, Québec) est une artiste visuelle et designer graphique diplômée de la Werkplaats Typografie aux Pays-Bas où elle s’est spécialisée dans le photojournalisme et la culture des images dans le contexte du design et de l’édition. Son travail questionne les limites expressives et temporelles des images comme mode de représentations du monde et l’incidence de leur médiation sur notre quotidien. À travers le récit poétique, l’essai photographique et l’exploration des archives, Mélissa déploie une pratique d’écrivaine visuelle. Elle a collaboré sur de nombreux projets d’édition importants, dont Untitled (September Magazine) de l’artiste londonien Paul Elliman et participé à de nombreuses expositions collectives au Québec et à l’international. Son projet Foules, présenté aux Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie en 2019, sera exposé à Beauvais à l’automne 2020 dans le cadre du festival Les Photaumnales. Elle vit et travaille à Montréal.

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Jean-François Hamelin

Hutton ou la fin des terres prend pour point de départ l’histoire naturelle des lieux et le concept de « fluvial entropy ». Mis de l’avant par Robert Smithson, ce dernier implique que lorsque nous observons une portion de territoire, nous sommes témoins d’un paysage en transition, en état d’évolution perpétuelle. Les processus auxquels nous assistons sont si lents et ont lieu sur une échelle physique et temporelle si grande qu’ils nous sont pratiquement invisibles. En utilisant différentes méthodes d’analyse et d’observation, nous accumulons un vaste ensemble de données afin de mieux en comprendre les mécanismes et leurs implications. C’est en calquant cette approche que le projet s’articule. Composé d’un amalgame d’images provenant de divers horizons, l’assemblage propose une mosaïque où différents éléments liés à la géologie et aux sciences témoignent de l’évolution et de l’histoire du paysage. Fragments d’un concept vaste et large, l’alternance entre divers sujets photographiques nous fournit des pistes pour comprendre l’origine des paysages qui nous entourent et notre compréhension de ceux-ci.

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Mélissa Pilon

Depuis les quatre dernières années, je collectionne les images de foules que je trouve dans des livres, des magazines, des journaux et des archives de photographes. Ces images de rassemblements et de marées humaines proviennent de contextes variés — foules d’hiver, foules en détresse, foules revendicatrices, foules assoiffées de liberté, foules de vacanciers, foules en mouvance, foules en liesse, foules de guerres, etc. —, toutefois, elles semblent toutes porter en elles une réflexion commune autour de la masse humaine, ses interactions et variations. À travers les époques et les espaces, certains schémas semblent réapparaitre dans des déclinaisons de ce qui pourrait n’être qu’une seule et même foule.

Mon projet ne souhaite pas mettre l’accent sur la provenance des photographies ni sur leur contexte historique, géographique ou politique. Je fragmente et je recompose les images en diptyque de manière à mettre en évidence les motifs, les textures, les compositions graphiques, les déplacements, le mouvement des corps et des regards. Je m’intéresse à l’aura poétique dégagée par ce travail d’édition de la foule. C’est un rapport direct du regard sur le regroupement humain qui est privilégié dans cette recherche où les archives deviennent autant des textures sensibles que des documents. L’individuel et le collectif s’y rencontrent et s’entremêlent dans le flou, la haute définition, la compression, l’identité et sa disparition. C’est comme si envers et contre la fixité de l’image, l’énergie des corps en mouvement est toujours perceptible. C’est précisément cette tension que je cherche à présenter.