Un astrophysicien célèbre se demandait un jour si l’explication scientifique d’un phénomène pouvait nous rendre moins sensible à s’en émerveiller. Sa réponse fut rassurante : la science n’exclut jamais le hasard, et une certaine poésie se trouve dans les hasards. Ainsi, la recherche de l’artiste se situe non loin des « jeux de la nature [qui] ont engendré une variété quasi illimitée de structures complexes »*. À la manière de biologistes scrutant les textures d’une cellule ou d’astronomes contemplant l’étendue du cosmos, il est possible d’ainsi observer les moindres détails de notre monde, mais pour y chercher des images qui interpellent les sens. Ainsi des résidus végétaux pourront prendre l’apparence d’une fleur préhistorique, un banc de neige sale fondant au printemps prendra les allures d’une vague déferlante, des dessins de givre donneront l’impression d’une forêt enchantée.

À la base, ce serait juste de l’eau, un peu de vapeur, des cristaux qui fondent, des substances qui se décomposent. C’est à partir de ces presque riens qu’Idra Labrie crée des œuvres dans lesquelles s’installe un imaginaire foisonnant. En cultivant le hasard d’une eau qui gèle ou en cueillant les formes éphémères qui apparaissent dans son quotidien, il nous amène à voir ce qu’il y a de plus lointain dans ce qui se trouve juste là, sous nos yeux. C’est finalement peut-être tout simplement le regard que l’on porte sur les choses qui provoque la naissance d’une image.

*Hubert Reeves, Malicorne. Réflexions d’un observateur de la nature, Paris, Seuil, 1990.

 

Biographie

Idra Labrie est un artiste-photographe né à Montréal, mais vivant et exerçant son art à Québec. Il évolue depuis plusieurs années en tant que créateur d’images, communicateur, formateur et médiateur. Sa pratique professionnelle s’est au fil des ans axée principalement sur des mandats dans le milieu culturel et muséal.

 

En contrepoint à son travail de commande, Idra privilégie dans son art des approches archaïques et expérientielles en photographie, des pratiques d’expression libre, exploratoires, contemplatives et méditatives. On pourrait dire, un goût pour l’inconnu ou l’ineffable. Toujours en contraste apparent, entre simplicité et minimalisme. Il est question ici d’une approche qui s’intéresse à l’expérimental, à un certain protocole, à une alchimie empirique.

Vernissage
6 mai 2022 17:00 - 21:00