Ulrich et Ghitta, installés au Canada depuis les années soixante-dix, ont consacré quinze ans de leur retraite à bâtir, sur l’Anarchist Mountain en Colombie-Britannique, un vaste domaine jalonné de refuges faits de paille, de plâtre et de bois, imaginés sans plans. Ce lieu atypique a accueilli au fil des années des voyageurs marginaux, des saisonniers québécois, des aventuriers de passage et des fugitifs de la pandémie, devenant ainsi une sorte de commune où le gîte et le couvert étaient offerts en échange de travail collectif.

À l’approche de la vieillesse, les tensions émergent. Ghitta, épuisée, aspire à une vie plus simple, tandis qu’Ulrich refuse de renoncer à cet idéal de liberté qu’il s’était construit dès sa jeunesse en Allemagne, alors qu’il vivait isolé avec sa grand-mère dans un château durant la Seconde Guerre mondiale.

Il décède au cours de l’hiver suivant ma première visite, quelques jours avant mon arrivée. En février, je retrouve Ghitta à Penticton. Elle me raconte avec une grande lucidité les aventures qu’ils ont traversées ensemble. Pendant trois semaines, j’entretiens le feu de la maison où Ulrich avait passé sa dernière saison, reclus dans son cocon.

Je m’abandonne alors à l’immensité du lieu — cinq cents acres au sommet du monde — cherchant à photographier l’essence de ce qu’ils avaient tenté de transmettre au fil des années. Cette série est devenue une méditation sur les cycles, le passage du temps et les projets qui nous habitent, nous façonnent et finissent parfois par conduire nos vies.

Biographie

Sami Blais

Sami Blais est un photographe basé à Québec dont la pratique se déploie dans l’errance et la rencontre. Depuis 2021, il dé veloppe un projet au long cours dans l’Ouest canadien autour d’un domaine érigé par un couple anticonformiste au début de leur retraite. À mi-chemin entre utopie collective et oeuvre d’art spontané e, ce lieu est devenu le centre de sa recherche récente. Il y revient plusieurs fois, adoptant une approche plus lente et construite, attentive aux transformations du site et aux récits qui s’y déposent. En parallèle, son travail évolue dans une dimension plus immédiate et directe, celle du quotidien et de la collecte d’images. Il s’intéresse aux zones d’incertitude où le banal devient étrange et où l’expérience du monde sensible prend une dimension à la fois énigmatique et poétique, laissant ainsi émerger des récits ouverts où l’imaginaire du spectateur occupe une place essentielle.

Lieu

Ateliers de production de VU
541, rue Saint-Vallier Est, Québec, QC G1K 3P9

Itinéraire

Ce site utilise des cookies afin d’améliorer votre expérience de navigation. Pour plus de détails, ou pour savoir comment désactiver ces cookies, veuillez consulter notre politique de protection des données.

Accepter